En août 2025, j’emménage dans une hacker house à Austin, au Texas, avec cinq autres entrepreneurs. Je suis venu aux États-Unis pour prendre une claque d’ambition. Je l’ai prise, mais pas celle que j’attendais. À Capital Factory, le plus grand coworking de la ville, je me présente : fondateur d’une agence marketing pour cabinets d’avocats, en France. Et je vois les regards. Tout le monde build des SaaS. Tout le monde build avec l’IA. Personne ne fait d’agence. J’ai l’impression d’être un mec du passé.
Un soir, un de mes colocs me sort : « Tu connais n8n ? Il paraît qu’il y a des trucs fous à faire avec. » Pas vraiment, non. Je me donne une semaine pour tester, avec un pari volontairement débile : automatiser des carrousels LinkedIn. Une semaine devient deux. Je me prends au jeu, je découvre le code, et par cette porte, je découvre le build avec l’IA.
À la même période, un avocat de New York me contacte pour son LinkedIn. En bossant avec lui, je réalise un truc que quatre ans d’agence m’avaient caché : je n’ai pas besoin de maîtriser son domaine pour piloter sa communication. Lui me donne le fond : les articles qu’il lit, ce qui bouge dans sa pratique. Moi, je transforme ça en contenu que son audience attend. Avant, il fallait quelqu’un qui maîtrise à la fois l’expertise et la communication. C’était rare et cher. Plus maintenant. L’expertise vient de devenir communicable à grande échelle.
Le deuxième déclic
Ça, c’est le premier déclic. Le deuxième arrive d’un endroit beaucoup moins sexy : un CRM.
De retour en France, on construit le système d’intake d’un cabinet avec qui on travaille. L’intake, c’est un des secrets des cabinets qui marchent en ligne : ce qui se passe pour les dix personnes qui te contactent aujourd’hui, dont les sept qui ne sont pas prêtes à signer. En co-construisant ce système, je m’installe dans le quotidien réel du métier. Et le quotidien réel du métier, le voilà : une grosse partie du métier d’avocat, c’est de l’administratif en costume. Remplir des documents. Faire des déclarations. Courir après l’info d’un système à l’autre.
À un moment, on build un prototype pour un type d’acte précis. Deux semaines de travail. Résultat : une à deux journées complètes rendues à l’avocat, chaque semaine. Relis ces chiffres. Deux semaines de build, contre une à deux journées récupérées par semaine, pour toujours.
La réaction que je n’attendais pas
Mais ce qui m’a convaincu que je regardais le futur, ce n’est pas le prototype. C’est la réaction de l’avocat. Il n’a pas eu peur. Il était tellement enthousiaste qu’il a proposé d’en ouvrir une version au grand public, pour que les gens puissent lancer la démarche eux-mêmes. Sans lui. Un avocat qui pousse pour donner une partie de son propre métier.
Les cinq maillons
L’histoire qu’on raconte partout, c’est que les avocats ont peur d’être remplacés par l’IA. Moi, j’avais en face de moi un avocat qui bossait à rendre une partie de son travail inutile. Et il avait raison. Il avait compris la vraie mécanique, et elle tient en cinq maillons :
- Quand le conseil devient pas cher, le marché ne rétrécit pas. Il s’élargit.
- Des gens qui n’auraient jamais appelé un avocat, parce que c’était cher, parce que ça faisait peur, se mettent à poser des questions juridiques. Le bas du marché explose.
- Ce qui reste rare, c’est tout ce que l’IA ne fait pas : le jugement, la stratégie, assumer une décision et en porter la responsabilité.
- Donc les avocats ne sont pas remplacés. Ils sont réévalués, à la hausse, sur la partie de leur métier qui a toujours valu le plus.
- Et si le jugement est le produit, la compétence rare n’est plus rédiger. C’est être trouvé, et être choisi. L’acquisition devient le goulot.
Ce dernier maillon, c’est mon ancien métier. J’ai passé quatre ans à piloter l’acquisition de dizaines de cabinets français. L’IA n’a pas rendu cette expérience obsolète. Elle en a fait le ticket d’entrée.
Le cabinet qui n’existe pas encore
Assemble les pièces et tu obtiens un cabinet qui n’existe pas encore en France : un cabinet qui met l’IA à toutes les couches de son organisation, pour réduire au maximum le chronophage sans valeur et concentrer les humains sur le jugement et la stratégie. Conçu comme ça dès le jour un. Pas un cabinet qui « utilise l’IA ». Un cabinet impossible à construire avant. Aux États-Unis, les boîtes construites sur ce modèle lèvent des fonds sérieux. En France, à ma connaissance, personne ne le construit sérieusement.
Ce vide, c’est l’opportunité. Et elle dépasse la France. Mon plan : utiliser le marché français comme laboratoire. Prouver le modèle ici, sur un des plus grands marchés juridiques d’Europe, un des moins digitalisés. Documenter chaque playbook. Puis l’emmener plus loin. Les cabinets sont français. L’ambition, non.
Et on a changé notre façon de travailler pour être raccord. Hendy garde son agence, qui facture des prestations comme toute agence. Mais la vraie conviction vit dans le Hendy Studio : une poignée de projets, quatre aujourd’hui, où on prend un pourcentage au lieu d’un forfait. On investit notre travail parce qu’on croit au résultat. C’est ça, la différence entre facturer un client et parier sur un cabinet. Et ça change chaque décision que tu prends.
Pourquoi moi
J’ai passé ma carrière à expliquer les nouvelles technologies à des gens dont le métier n’est pas la technologie. Pour Google, j’ai sillonné la France en train pendant des années pour former plus de 10 000 dirigeants de TPE et PME au marketing digital. À Station F, le plus grand campus de startups au monde, j’ai accompagné des startups pour Google for Startups. Les avocats, c’est l’audience la plus difficile que j’aie rencontrée. C’est exactement pour ça que je les ai choisis.
Ce que tu en fais
Si tu es avocat, la question n’est pas de savoir si l’IA va transformer ton cabinet. C’est de savoir si c’est toi qui tiendras les outils quand elle le fera. Si tu es builder ou investisseur, regarde où la valeur migre dans le juridique, et regarde comme le terrain français est vide. Et si tu veux juste suivre, c’est très bien aussi : je documenterai tout ici, un essai par mois, victoires et échecs compris.